Entre les phases de travail de terrain, les études en laboratoire se poursuivent. Dans le cadre d’une mission d’étude réalisée en novembre 2018 au laboratoire d’archéométrie Michel Wuttman de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (Ifao) au Caire, Julie Marchand et Joachim Le Bomin ont effectué une série d’analyses pétrographiques d’échantillons de céramiques romaines et byzantines. Ceux-ci ont été prélevés lors des prospections de surface faites en 2015 au sein de la nécropole romaine et de la ville romaine et byzantine de Térénouthis.

Les analyses ont été effectuées à partir de quinze lames minces observées au microscope polarisant en grossissement x50 et x100. Elles consistent en l’analyse des rayons lumineux qui traversent deux filtres (le polariseur et l’analyseur) situés de part et d’autre de l’échantillon placé sur un plateau tournant. Les ondes lumineuses sont alors uniquement déviées au contact des minéraux présents dans l’échantillon de 30 µm d’épaisseur. Les couleurs transmises, les reliefs et les irrégularités permettent ainsi d’identifier les différents minéraux qui composent les pâtes des céramiques. Des photographies sont prises à partir d’un appareil connecté au microscope.

C’est à partir de l’identification des inclusions contenues dans les argiles, en particulier leur nombre et leur forme, qu’il est possible d’évaluer leur provenance en les comparant aux analyses réalisées dans les ateliers de production, quand elles existent, et aux formations géologiques associées dans lesquelles les argiles et les minéraux ont été prélevées.

Les échantillons de céramiques comprennent des amphores de type Late Roman Amphora 5/6 produites à partir du milieu du VIIe siècle de notre ère dans la région de Maréotide et à Kôm Abou Billou, des jattes rubanées de la transition byzantino-islamique de facture locale (très répandues dans le Delta), des vases à carène des IIIe-VIe siècles supposés originaires de la frange occidentale du Delta (très présents dans la nécropole et ayant pu servir aux libations pour les défunts) ainsi que des gargoulettes des IIIe-VIe siècles (également issues de la nécropole) que les spécialistes supposent venir du Ouadi Natroun.

L’objectif de notre étude est d’apporter d’une part, un premier référentiel des céramiques produites à Kôm Abou Billou et, d’autre part, de mettre en évidence la provenance du matériel importé issu du commerce régional et suprarégional. En effet, si à l’époque omeyyade la ville accueille un centre de production dynamique, sans doute favorisé par l’industrie du sel du Ouadi Natroun proche (matière première essentielle à la fabrication des textiles et du verre jusqu’au IXe siècle), le rôle de la ville romaine reste encore à définir. À l’heure actuelle, aucun four de production n’est connu mais la céramique récoltée sur le site laisse à penser que l’on produisait de la céramique à Kôm Abou Billou. En attendant la découverte des ateliers, seules les analyses archéométriques telles que celles réalisées ici permettent de référencer les zones de production. (Texte J. Le Bomin/J. Marchand).

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